Quand les robots travailleront à notre place, qui nous paiera ?
2026/07/29
L’intelligence artificielle et la robotique promettent une économie toujours plus productive. Mais si les machines créent demain une grande partie de la richesse, comment les revenus seront-ils distribués ? Plus que la technologie, c’est peut-être notre modèle économique qui s’apprête à vivre sa plus grande révolution.
Les vacances ont cette vertu de ralentir le temps et de nous éloigner, quelques instants, de nos réunions et de cette course permanente qui rythme nos journées. L’activité ne s’arrête pas forcément, mais le rythme change. Les agendas se vident un peu, les sollicitations deviennent moins nombreuses et l’on retrouve enfin ce luxe devenu rare… le temps de réfléchir.
C’est dans ces moments plus calmes que je me suis surpris à penser… au travail, mais aussi à l’argent. Car plus j’observe les bouleversements provoqués par l’intelligence artificielle et la robotique, plus une conviction s’impose à moi : le véritable sujet n’est pas la technologie… mais l’Homme.
Et si notre manière de travailler était en train de changer, c’est aussi notre manière de vivre, de consommer et de créer de la richesse qu’il va falloir entièrement repenser.
Le lien entre travail, salaire et richesse est-il en train de disparaître ?
Depuis la révolution industrielle, nous avons bâti notre société sur un principe simple : un individu travaille, perçoit un revenu, consomme, puis cette consommation permet aux entreprises de produire davantage. Ce cercle vertueux a accompagné une croissance sans précédent et nous a conduits à considérer qu’il existait un lien naturel entre le travail et le revenu.
À mes yeux, cette relation n’a pourtant jamais été une loi universelle ; elle n’a été que le moteur d’un modèle économique adapté à une époque où la richesse dépendait essentiellement de l’effort humain.
L’intelligence artificielle et la robotique bouleversent aujourd’hui ce modèle en déplaçant progressivement l’endroit où la richesse est créée. Demain, une part croissante de la production sera assurée par des systèmes capables d’apprendre, d’optimiser et d’agir sans intervention humaine. Les entreprises pourront produire davantage, plus vite et surtout à moindre coût, tout en ayant besoin de moins de salariés.
Une économie peut-elle survivre sans consommateurs ?
Beaucoup voient dans cette évolution une formidable promesse de prospérité et je partage cet enthousiasme. En revanche, je pense que nous sous-estimons un mécanisme économique pourtant élémentaire : une économie n’existe pas parce qu’elle produit, elle existe parce qu’elle échange. Produire toujours plus n’a aucun intérêt si, en face, ceux qui devraient acheter ne disposent plus des revenus nécessaires.
Une économie extraordinairement productive mais sans clients finit inévitablement par mourir.
Vers une nouvelle façon de distribuer la richesse
C’est pour cette raison que je crois que le mode de rémunération va devoir évoluer. Si la richesse continue d’être créée alors que le travail humain devient une composante de plus en plus marginale de cette création, il devient impossible de continuer à distribuer l’essentiel des revenus uniquement par le salaire. Le revenu devra donc changer de nature.
Pendant des décennies, le salaire a constitué le principal canal de distribution de la richesse produite. Demain, il ne pourra probablement plus remplir seul cette fonction, non pas parce que le travail disparaîtra complètement, mais parce qu’il ne représentera plus qu’une petite part de la valeur créée. Je pense que nous allons progressivement passer d’une économie de la rémunération du travail à une économie de la rémunération de la participation.
Participer à l’économie ne signifiera plus uniquement travailler
Le terme « participation » mérite d’ailleurs d’être compris dans son sens économique le plus large.
Il ne s’agira plus seulement de participer en travaillant huit heures par jour, mais de participer à l’existence même de cette économie automatisée.
Car une économie n’a pas seulement besoin de producteurs ; elle a aussi besoin d’investisseurs, de consommateurs et d’un environnement social suffisamment stable pour permettre aux échanges de continuer.
Les dividendes pourraient-ils inspirer le modèle économique de demain ?
Le mécanisme pourrait finalement être beaucoup plus simple qu’on ne l’imagine.
Lorsqu’une entreprise réalise un bénéfice, elle en redistribue déjà une partie à ses actionnaires sous forme de dividendes. Personne ne considère qu’il s’agit d’un salaire. Il s’agit simplement d’une redistribution d’une richesse produite par un système économique.
Je pense que cette logique pourrait progressivement s’étendre à l’ensemble de la société. À mesure que les systèmes automatisés produiront une part croissante de la richesse mondiale, une fraction de cette valeur devra revenir vers ceux qui rendent cette économie possible.
Non pas par charité, ni par assistanat, mais parce que cette redistribution deviendra une condition de survie du système économique lui-même. Sans revenus distribués, il n’y a plus de consommateurs et sans consommateurs, il n’y a plus de marché. Et sans marché, même les entreprises les plus performantes cessent de créer de la richesse.
Aujourd’hui nous sommes les salariés de l’industrie, et bientôt, nous serons associés d’une richesse créée par l’IA
Nous continuerons probablement à travailler, mais le travail ne constituera plus l’unique porte d’entrée vers un revenu.
Une partie de nos ressources proviendra toujours de notre activité professionnelle, tandis qu’une autre sera directement liée à la richesse générée par une économie largement automatisée. Le revenu ne sera donc plus uniquement la rémunération d’un effort individuel ; il deviendra également le moyen de faire circuler la valeur créée par des systèmes capables de produire seuls.
Cette idée peut sembler déroutante aujourd’hui, mais l’histoire économique nous montre que les modèles de rémunération ont toujours évolué lorsque les modes de production changeaient. L’agriculture a transformé les sociétés de chasseurs-cueilleurs. La révolution industrielle a transformé les paysans en salariés.
Il serait finalement assez logique que la révolution de l’intelligence artificielle transforme à son tour notre manière de distribuer les revenus.
Pendant deux siècles, nous avons été les salariés de l’économie industrielle. Demain, il n’est peut-être pas absurde d’imaginer que nous deviendrons tous, d’une certaine manière, les associés de l’économie automatisée.
Publié le 29/07/2026
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